16.
Le loup

 

J’ai reçu ta lettre hier et je t’en remercie grandement. Pour répondre à ta question, cet hospice n’a rien d’une prison. Tant que nous restons dans l’enceinte, nous gardons toute notre liberté de mouvement. Ici, personne n’est dangereux pour lui-même ou pour les autres, bien que nos âmes soient tourmentées. Je remercie Dieu que les subsides de père puissent financer mon séjour en ce lieu. On m’a autorisé à porter mon habit de moine, et je leur en sais gré.

Je préfère ne pas réfléchir à tes autres questions. Pardonne-moi, mon frère.

 

Simon (frère Sinestus) Tor, à Colin, juillet 1771

 

 

* * *

 

 

Il faisait froid et sombre dans le vieux cimetière méthodiste. Un vent cinglant soufflait à travers les pins rabougris et les cèdres informes qui poussaient tout autour. En m’approchant, les sens en alerte, j’ai tout de suite repéré Ciaran.

— Merci à toi d’être venue, a-t-il lancé de sa voix mélodieuse.

Sans raison, j’ai de nouveau éclaté en sanglots, honteuse de me laisser aller devant lui. Aussitôt, ses bras m’ont enveloppée. Il m’a caressé les cheveux tandis que je pressais mon visage sur le tweed rugueux de son manteau.

— Morgan, Morgan, a-t-il murmuré. Raconte-moi tout. Laisse-moi t’aider. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Je ne me rappelais plus la dernière fois que mon père m’avait prise dans ses bras pour me consoler. J’étais bien trop cool pour ça. Je pleurais seule, dans ma chambre, en silence. L’étreinte de Ciaran était si réconfortante…

— Rien ne va ! Je n’en peux plus ! ai-je articulé. Être Woodbane et catholique, avoir des amis sorciers et non sorciers… Et Killian, et Sky, et Raven… Cal et Selene sont morts, et j’étais tellement soulagée, et pourtant, parfois, Cal me manque encore… Du moins, le Cal que je pensais connaître.

Un nouvel accès de larmes m’a secouée, et Ciaran m’a serrée un peu plus fort.

— Et mes parents sont tellement gentils que je m’en veux terriblement de vouloir faire connaissance avec mon père biologique !

Je me suis écartée un instant pour m’essuyer le nez sur mon gant.

— Et j’aurais tellement voulu connaître Maeve en personne, mais je ne le pourrai jamais parce que tu l’as tuée, espèce de salaud !

Mon poing est parti tout seul et a cogné Ciaran en pleine poitrine. Le choc l’a à peine ébranlé. Lorsque j’ai voulu le frapper de nouveau, il m’a saisi le poignet pour me calmer, comme s’il me passait le braigh.

— Je suis désolé, Morgan, a-t-il répondu d’une voix déchirée. La mort de Maeve me torture chaque jour un peu plus. Elle est la meilleure et la pire chose qu’il me soit arrivé. Je n’ai qu’une seule consolation : à présent, elle ne peut plus souffrir, plus personne ne peut lui faire de mal.

Adossée à une pierre tombale, j’ai enfoui mon visage dans mes mains.

— Tout ça, c’est trop dur à supporter, ai-je sangloté. Trop dur pour moi.

Ce qui, à cet instant, était l’exacte vérité.

— Tu ne suis pas un chemin facile, a-t-il soupiré en me reprenant doucement les poignets. Ta vie te paraît dure et compliquée, et je peux te promettre qu’elle deviendra plus dure et plus compliquée encore.

J’ai gémi de désespoir tandis qu’il poursuivait d’une voix apaisante qui semblait s’insinuer en moi comme un brouillard :

— Cependant, tu te trompes en pensant que tu ne peux pas y faire face. Tu en es parfaitement capable. Tu es la fille de Maeve. Ma fille. Tu possèdes une force incroyable. Ton potentiel dépasse l’imagination.

Je pleurais toujours tandis que la tension de la semaine passée s’échappait enfin de moi pour se dissoudre dans un torrent de larmes salées.

— Morgan, a-t-il repris en écartant mes cheveux de mon visage, tu m’es précieuse. Tu es l’unique lien qui m’unisse encore à la seule femme que j’aie jamais aimée. Dans ton visage, je retrouve Maeve. Et, de mes quatre enfants, tu es celle qui me ressemble le plus – je me retrouve en toi. Je veux te faire confiance. Je veux que toi, tu me fasses confiance.

Un frisson m’a secouée des pieds à la tête et Ciaran m’a frotté les bras. Peu à peu, mes larmes se sont taries.

— Et maintenant ? lui ai-je demandé. Tu comptes disparaître de ma vie comme tu as disparu de celle de tes autres enfants ?

Malgré sa grimace, j’ai ajouté :

— Ou bien as-tu l’intention de passer du temps avec moi, de me transmettre ton savoir, de me laisser te connaître ?

Est-ce que j’étais sincère ? Ou bien est-ce que j’essayais de le manipuler pour remplir ma mission ? Que la Déesse me vienne en aide, je ne savais plus. Il a hésité un instant avant de me répondre enfin :

— Tu es jeune, Morgan. Tu n’as pas fini de récolter des informations. Tu n’es pas obligée de prendre aujourd’hui, ce soir, une décision qui t’engagerait pour la vie.

Récolter des informations ? Mon sang s’est figé dans mes veines. Que voulait-il dire ? Que savait-il ?

J’ai hoché la tête doucement, sans pouvoir le regarder en face.

— J’aimerais tant t’aider… a-t-il murmuré. T’aider à comprendre ce qu’être Woodbane signifie, t’aider à ressentir la joie qui inonde notre magye – si belle, si pure –, et notre pouvoir inégalé.

J’ai levé la tête, et nos regards identiques se sont croisés.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Je voudrais partager une chose avec toi, ma chère fille. Toi qui es si près de mon cœur et si loin de ma vie. Je perçois en toi un pouvoir fort, pur, sans peur, un pouvoir puissant et tendre à la fois, et je veux te montrer quelle forme ce pouvoir peut prendre. Mais j’ai besoin de ta confiance.

J’étais terrorisée, et pourtant terriblement attirée par ce qu’il me promettait.

— Je ne comprends pas, ai-je soufflé d’une voix presque inaudible. Tu parles de…

— De la métamorphose. D’emprunter la forme physique d’un autre être dans le but d’atteindre une connaissance plus poussée de sa propre psyché.

J’étais frappée de stupeur. Même si je savais que tous les membres d’Amyranth pouvaient se transformer, je n’arrivais pas à croire qu’il puisse être sérieux.

— Tu plaisantes, n’est-ce pas ?

— Pas du tout. Morgan, tu as tant à apprendre sur ta propre nature. Tu dois me faire confiance – il n’y a pas meilleure façon de se découvrir qu’en se regardant à travers d’autres yeux.

— Ceux d’un animal ? Comme un faucon, ou un chat ?

— Ou autre chose. Un sorcier de sang ne peut pas emprunter la forme d’un animal avec lequel il n’éprouve aucune affinité. Par exemple, si tu aimes les chevaux, si tu veux savoir ce que l’on éprouve en galopant dans les plaines, alors il te sera facile de te transformer en étalon. Dans le cas contraire, ce sera impossible.

Par la Déesse, il avait vraiment l’air sérieux. J’ai tenté de gagner du temps.

— Est-ce que tous les sorciers ont cette faculté ?

— Non. Loin de là. Moi j’en suis capable, et toi aussi, je pense, a-t-il expliqué avec un regard appuyé qui semblait sonder mon âme. À quoi m’associerais-tu ? Et toi, qu’aimerais-tu devenir ?

Un animal s’est aussitôt imposé à moi. J’ai hésité à le nommer. C’était celui qui avait hanté mes cauchemars avant et pendant mon séjour à New York, celui qui représentait Ciaran et sa progéniture…

— Un loup, ai-je répondu, tiraillée entre la peur et le désir irrépressible de savoir. Pour toi, comme pour moi.

Son sourire a rayonné telle la lune libérée des nuages.

— Oui, a-t-il murmuré. Oui. Répète après moi, Morgan : Annial nath rac, aernan sil, loch mairn, loch hollen, sil beitha…

Je me moquais bien à présent de savoir s’il m’ensorcelait ou non, et j’ai répété ces mots anciens et effrayants. Ciaran a commencé à se transformer devant mes yeux, d’une façon difficile à décrire. Est-ce que ses dents étaient plus longues, plus pointues ? Ses mains devenaient-elles des pattes ? Voyais-je vraiment une lueur sauvage dans son regard ?

Sa voix se faisait murmure, de moins en moins audible, et j’ai dû déployer mes sens pour entendre ses paroles et les répéter. Puis j’ai perçu un bruit qui n’était plus un mot. Mais… un son, une forme, une couleur et un sceau magyque tout à la fois. C’était impossible à décrire. Non. C’était le nom véritable de Ciaran, le nom de son essence même. Je venais d’apprendre le nom véritable de Ciaran… Ce qui signifiait…

L’instant suivant, j’ai hoqueté, pliée en deux, transpercée par une douleur fulgurante. J’ai baissé les yeux vers mes mains. Elles se transformaient. Je me transformais. J’étais en train de me métamorphoser en loup. Oh ! Déesse, aide-moi…

Lorsque j’ai hurlé, ma voix n’était déjà plus la mienne. Je suis tombée à genoux sur la terre meuble, à peine consciente que Ciaran se métamorphosait lui aussi. Il s’est glissé hors de ses vêtements, couvert d’une épaisse fourrure noir et argent. Son regard brun, qui me contemplait, pétillait d’intelligence dans sa gueule de loup. Quand j’ai voulu hurler d’horreur et de douleur, mon cri est resté prisonnier de ma gorge. Mon corps, refaçonné contre sa nature, était au supplice, à croire que chacun de mes os était étiré, compressé ou tordu comme dans un cauchemar incompréhensible. Dans un gémissement pitoyable, j’ai fermé les yeux et je me suis laissée tomber sur le flanc, incapable de résister à ce processus inéluctable. Lorsque Ciaran m’a frôlée du bout du museau, j’ai rouvert les yeux à contrecœur et, au moment où je me suis relevée, j’étais à quatre pattes. Moi, un loup.

Mon pelage épais était auburn. Mes pattes puissantes se terminaient par des griffes acérées non rétractables. En levant les yeux, je l’ai reconnu : tout en étant loup, il demeurait lui-même. Comme je restais moi-même. J’ai entrepris d’examiner prudemment mes fonctions internes, qui m’ont paru différentes. Étranges. Comme si mon humanité s’effilochait peu à peu. Elle aurait bientôt complètement disparu, oblitérée par ma nouvelle nature animale. Deux questions m’ont frappée. Comment la récupérerais-je ? Comment accomplirais-je ma mission ?

Je me suis approchée de Ciaran d’une démarche souple, précise. J’ai alors senti la force de mes mâchoires, la puissance de mes pattes musclées. Ciaran a entrouvert la gueule en une espèce de sourire de loup sinistre, comme pour me dire : « Génial, non ? » Je lui ai rendu son sourire prédateur, bouleversée de vivre une telle expérience.

Puis je me suis souvenue. Le sceau de détection. Tandis que le loup en moi ne demandait qu’à courir au cœur de la nuit noire, ce qui restait de la Morgan humaine s’est rappelé le sceau. J’ai fourré mon museau dans l’encolure de Ciaran en murmurant l’incantation et, du bout de la truffe, dans un geste aussi rapide que désespéré, j’ai tracé la rune.

Ciaran n’a pas réagi, comme s’il n’avait rien remarqué. J’ignorais si le sceau allait rester sur lui une fois qu’il retrouverait sa forme humaine. D’un petit coup de tête, il m’a encouragée à le suivre avant de détaler dans les bois. Une joie féroce a irrigué mon corps. Oubliés, mes dernières bribes d’humanité, ma mission, mes sortilèges ! J’ai bondi gaiement à sa suite. Mes muscles se contractaient et se déployaient sans effort, et je n’ai eu aucun mal à le rattraper. Nous avons galopé côte à côte tandis que mille sensations nouvelles inondaient mon cerveau animal. À chaque bouffée d’air, d’innombrables saveurs portées par le vent explosaient les limites de mon expérience incroyable. J’en savourais chaque seconde, ne sachant pas si elle se répéterait un jour. Je me sentais formidablement puissante, agile et sûre de moi. C’était merveilleux… plus que merveilleux, plus excitant que je l’aurais cru possible.

Lorsque Ciaran m’a regardée par-dessus son épaule, j’ai ouvert la gueule pour lui montrer mes crocs aiguisés. Il venait de me faire un cadeau extraordinaire. Laissant le cimetière loin derrière nous, nous avons parcouru des kilomètres dans les bois au gré des pistes que nous flairions, la fourrure ébouriffée par la bise.

La fatigue n’avait pas commencé à alourdir mes pattes lorsque Ciaran s’est arrêté en trottinant, la truffe en l’air. Je me suis placée près de lui, fourrure contre fourrure, et j’ai humé les parfums des bois. Les yeux écarquillés, je me suis tournée vers lui, et j’ai découvert qu’il l’avait flairée lui aussi : une proie.

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